Publié le 15 mars 2024

L’investissement en nue-propriété de SCPI transforme le temps en un actif financier qui génère un rendement futur mécaniquement, sans aucune charge fiscale durant la détention.

  • Acquérir des parts avec une forte décote (jusqu’à 40-50%) n’est pas une promotion, mais la juste valeur actuarielle des loyers futurs auxquels vous renoncez temporairement.
  • À la fin de la période de démembrement, vous récupérez 100% de la valeur des parts automatiquement, sans frais ni fiscalité, pour commencer à percevoir des revenus réguliers.

Recommandation : Pour un cadre supérieur en fin de carrière, cette stratégie permet de capitaliser durant les années à forte imposition pour se constituer une rente future fiscalement optimisée à la retraite.

Pour un cadre supérieur approchant de la retraite, l’équation financière est souvent complexe : comment continuer à construire son patrimoine pour s’assurer des revenus confortables demain, sans pour autant alourdir une pression fiscale déjà à son maximum aujourd’hui ? Les solutions d’épargne traditionnelles génèrent des revenus immédiatement fiscalisés, ce qui est contre-productif lorsque l’on se situe dans les tranches marginales d’imposition les plus élevées. L’immobilier locatif direct, quant à lui, s’accompagne de contraintes de gestion et de risques (vacance, impayés, travaux) que l’on souhaite justement éviter à l’aube de sa retraite.

Face à ce dilemme, les stratégies habituelles consistent à arbitrer entre rendement et fiscalité, souvent au détriment de l’un ou de l’autre. Mais si la véritable clé n’était pas de choisir, mais de séquencer ? Si, au lieu de subir le temps, on pouvait l’utiliser comme un levier financier actif ? C’est précisément la promesse de l’investissement en Société Civile de Placement Immobilier (SCPI) via le mécanisme du démembrement de propriété. Cette approche, loin d’être un simple gadget fiscal, constitue une stratégie d’arbitrage temporel redoutable.

Le principe est de séparer la pleine propriété d’un bien en deux droits distincts sur une période donnée : l’usufruit (le droit de percevoir les revenus) et la nue-propriété (le droit de posséder les murs). En tant qu’investisseur pré-retraité, vous n’achetez que la nue-propriété, laissant l’usufruit à un autre investisseur qui, lui, a besoin de revenus immédiats. Vous payez donc votre actif beaucoup moins cher, vous ne percevez aucun revenu et ne payez donc aucun impôt dessus pendant toute la durée du démembrement. À terme, vous récupérez la pleine propriété automatiquement et commencez à toucher des revenus, juste au moment où vous en aurez besoin : à la retraite.

Cet article a pour but de décortiquer les mécanismes financiers et fiscaux de cette stratégie. Nous analyserons pourquoi l’achat en nue-propriété est un pari gagnant sur le temps, comment le remembrement s’opère, et quelles sont les erreurs à ne pas commettre. Nous comparerons également cette solution à d’autres formes d’investissement pour démontrer sa pertinence dans une optique de préparation de retraite sereine et optimisée.

Sommaire : Le démembrement de SCPI, une stratégie patrimoniale pour votre avenir

Pourquoi acheter la nue-propriété à 60% de sa valeur est-il un pari gagnant sur le temps ?

L’acquisition de la nue-propriété de parts de SCPI est souvent présentée comme un achat « à prix réduit ». Cette vision est réductrice. Il ne s’agit pas d’une promotion, mais d’un arbitrage temporel. La décote obtenue, qui peut atteindre 40% voire plus, n’est autre que la valeur actuarielle des flux de revenus (les loyers) auxquels vous renoncez pendant la durée du démembrement. En d’autres termes, vous payez le juste prix pour un actif dont vous ne tirerez les fruits que plus tard. C’est précisément ce qui en fait un outil si puissant pour un pré-retraité : vous transformez vos capacités financières actuelles en revenus futurs, sans subir de frottement fiscal immédiat.

Le « pari » consiste à figer un prix d’acquisition aujourd’hui pour un bien qui, non seulement se revalorisera mécaniquement à la fin du démembrement, mais dont la valeur intrinsèque (le prix de la part) est également susceptible d’augmenter avec le temps. Votre gain final est donc double : la récupération de la valeur de l’usufruit, et la potentielle plus-value sur la pleine propriété. Le temps devient votre principal allié, créant de la valeur de manière silencieuse et passive. Cette performance est d’autant plus intéressante qu’elle est totalement décorrélée de l’impôt sur le revenu pendant toute la phase de capitalisation.

La clé de répartition entre nue-propriété et usufruit dépend directement de la durée du démembrement. Plus la durée est longue, plus le montant des loyers non perçus est important, et plus la décote sur la nue-propriété est élevée, comme le montre ce tableau issu d’une analyse du marché des SCPI en démembrement.

Décote indicative selon la durée du démembrement temporaire
Durée démembrement Valeur nue-propriété Valeur usufruit
5 ans 78-90% 10-22%
10 ans 65-75% 25-35%
15 ans 55-65% 35-45%
20 ans 52-60% 40-48%

Étude de cas : Le rendement interne d’un investissement en nue-propriété

Prenons un exemple concret pour illustrer la performance. Pour un investissement de 39 000 € en nue-propriété sur une durée de 5 ans, correspondant à une valeur en pleine propriété de 50 000 €. Au terme des 5 ans, l’investisseur récupère un capital de 50 000 € (en supposant une stabilité du prix de la part). Cette opération génère un Taux de Rendement Interne (TRI) net d’impôt et de prélèvements sociaux de 5,1%. Une simulation plus détaillée montre qu’un TRI net d’impôt peut osciller entre 3% et 5% en fonction de la durée et de l’évolution de la part, ce qui représente un rendement différé très attractif.

Comment récupérer la pleine propriété automatiquement et sans frais au décès de l’usufruitier ?

L’un des atouts majeurs du démembrement de propriété, qu’il soit viager (lié au décès de l’usufruitier) ou temporaire (à durée fixe), est sa simplicité à l’échéance. Le remembrement, c’est-à-dire la réunion de l’usufruit et de la nue-propriété, est un processus automatique. À la date d’extinction convenue ou au jour du décès de l’usufruitier, le nu-propriétaire devient instantanément plein propriétaire. Il n’y a aucune démarche complexe à effectuer, aucun acte notarié à signer, ni aucun droit à payer. Cette fluidité est un avantage considérable par rapport à d’autres schémas de transmission ou d’investissement.

Cette absence de taxation est un principe fondamental du droit patrimonial français, gravé dans le marbre de la loi. Il ne s’agit pas d’une niche fiscale ou d’une tolérance administrative, mais d’une règle claire. Le législateur considère que puisque l’usufruit n’est qu’un droit d’usage temporaire, son extinction naturelle ne constitue pas une transmission de richesse taxable. C’est la simple consolidation d’un droit de propriété qui était déjà acquis par le nu-propriétaire.

Comme le stipule explicitement le droit fiscal français :

La réunion de l’usufruit à la nue-propriété ne donne ouverture à aucun impôt ou taxe lorsque cette réunion a lieu par l’expiration du temps fixé pour l’usufruit ou par le décès de l’usufruitier.

– Article 1133 du Code Général des Impôts, cité par des experts en gestion de patrimoine

Une fois le remembrement opéré, le plein propriétaire commence à percevoir les revenus générés par les parts de SCPI et doit les déclarer. Si l’opération a été bien calibrée, cela coïncide avec le passage à la retraite et une baisse de la tranche marginale d’imposition, optimisant ainsi la fiscalité des nouveaux revenus. Bien que le processus soit automatique, quelques démarches administratives simples sont à prévoir pour que tout soit en ordre.

Votre plan d’action après le remembrement des parts SCPI

  1. Vérifier l’extinction : Confirmez que l’extinction de l’usufruit a bien eu lieu sans aucune formalité ni frais de votre part.
  2. Notifier la société de gestion : Contactez la société de gestion de la SCPI pour leur signifier officiellement le changement de votre statut de nu-propriétaire à plein propriétaire.
  3. Actualiser votre situation fiscale : Mettez à jour votre situation auprès de l’administration fiscale pour déclarer les futurs revenus fonciers et, le cas échéant, la nouvelle valeur de votre patrimoine IFI.
  4. Contrôler la perception des revenus : Assurez-vous que vos parts sont correctement enregistrées pour que les prochains dividendes vous soient bien versés.
  5. Conserver les documents : Notez la valeur de la pleine propriété au jour du remembrement. Cette valeur servira de prix d’acquisition pour le calcul de la plus-value en cas de revente future des parts.

Démembrement temporaire ou viager : quelle différence pour le vendeur et l’acheteur ?

Le démembrement de propriété n’est pas un concept monolithique. Il se décline principalement en deux stratégies distinctes avec des horizons et des objectifs différents : le démembrement temporaire et le démembrement viager. Le choix entre ces deux options dépend entièrement de la situation et des objectifs patrimoniaux de l’acheteur (le nu-propriétaire) et du vendeur (l’usufruitier). Pour le cadre préparant sa retraite, le démembrement temporaire est souvent la voie privilégiée, car il offre une visibilité parfaite sur l’horizon de l’investissement.

Le démembrement temporaire est un contrat à durée déterminée. L’usufruit est cédé pour une période fixe, généralement comprise entre 5 et 20 ans. La décote de la nue-propriété est calculée mathématiquement en fonction de cette durée et du rendement attendu. C’est une stratégie purement financière, idéale pour se constituer des revenus futurs à une date connue d’avance (ex: son départ à la retraite). Une analyse des pratiques du marché montre que la durée la plus courante se situe entre 5 à 15 ans.

Le démembrement viager, quant à lui, est lié à la durée de vie de l’usufruitier. La nue-propriété est acquise, mais le remembrement n’interviendra qu’au décès de ce dernier. La décote est alors calculée selon un barème fiscal qui dépend de l’âge de l’usufruitier. C’est une stratégie plus patrimoniale et successorale, souvent utilisée dans un cadre familial pour transmettre un bien avec une fiscalité allégée.

Schéma comparatif entre démembrement temporaire et viager illustré par deux chemins divergents

Ces deux approches répondent à des logiques différentes. Le temporaire est un placement avec un horizon certain, tandis que le viager est un pari sur la longévité, avec un horizon par nature incertain. L’étude de cas suivante illustre parfaitement l’utilisation du démembrement viager dans un cadre de transmission.

Étude de cas : L’achat croisé parents-enfants pour une transmission optimisée

Un couple de parents, âgés de 75 ans, souhaite transmettre 100 000 € de parts de SCPI à leurs enfants. Selon le barème viager, à leur âge, la valeur de l’usufruit est de 30% et celle de la nue-propriété de 70%. Les enfants peuvent donc acquérir la nue-propriété pour 70 000 €. Si cette donation reste dans l’abattement légal, elle se fait sans aucun droit à payer. Les parents conservent l’usufruit et continuent de percevoir les revenus. Au décès des parents, les enfants récupèrent la pleine propriété automatiquement et sans aucune fiscalité supplémentaire. C’est un puissant outil de transmission de patrimoine à moindre coût fiscal.

L’erreur de ne pas définir qui paie les gros travaux (toiture, façade) entre l’usufruitier et le nu-propriétaire

Dans un investissement immobilier en direct, la question de la répartition des charges entre usufruitier et nu-propriétaire est une source fréquente de conflits. Selon le Code civil, l’usufruitier assume les charges d’entretien courant, tandis que le nu-propriétaire doit financer les grosses réparations (murs, voûtes, toiture…). Cette répartition légale peut créer des situations complexes, où le nu-propriétaire, qui ne perçoit aucun revenu du bien, doit néanmoins débourser des sommes importantes pour des travaux majeurs. C’est une erreur classique qui peut grever lourdement la rentabilité d’une opération en démembrement direct.

C’est ici que le modèle de la SCPI apporte une solution structurelle et une tranquillité d’esprit inégalée. En investissant en parts de SCPI, vous déléguez intégralement la gestion du parc immobilier à une société de gestion professionnelle. Cette dernière a pour mission de maintenir le patrimoine en bon état et d’anticiper les travaux nécessaires. Pour ce faire, elle prélève directement sur les loyers perçus une provision pour gros entretien (PGE). Ce mécanisme a un double avantage : les fonds pour les futurs travaux sont mutualisés et provisionnés en continu, et les charges sont payées « à la source » avant toute distribution de revenus.

Par conséquent, le nu-propriétaire de parts de SCPI est totalement déchargé de cette problématique. Il n’aura jamais à financer directement des travaux, que ce soit une rénovation de façade à Paris ou une réfection de toiture à Lyon. Tout est inclus dans le modèle de gestion de la SCPI, dont la performance se mesure notamment par sa capacité à maintenir un parc immobilier de qualité et un excellent taux d’occupation. D’ailleurs, selon le rapport de l’ASPIM, le taux d’occupation financier moyen des SCPI s’élevait à 93,3% en 2023, un chiffre qui témoigne de la qualité de cette gestion active.

Pour un investisseur averti, il est néanmoins judicieux de s’assurer de la bonne gestion de la SCPI sur ce point avant d’investir. Voici les points à vérifier dans les rapports de la société de gestion :

  • Niveau de la PGE : Examiner la ligne « Provisions pour Gros Entretien » dans le rapport annuel. Elle doit être suffisante pour couvrir les besoins futurs du parc immobilier.
  • Historique des travaux : Analyser les travaux qui ont été réalisés sur les dernières années pour s’assurer d’un entretien régulier et proactif.
  • Politique de la société de gestion : Confirmer que les statuts et la documentation de la SCPI stipulent clairement que l’ensemble des charges et travaux sont supportés par la société avant la distribution des revenus, n’impliquant aucune charge directe pour les associés, qu’ils soient usufruitiers ou nu-propriétaires.

Quand sortir les biens en nue-propriété de votre assiette taxable à l’Impôt sur la Fortune Immobilière ?

Pour les cadres supérieurs dont le patrimoine immobilier excède 1,3 million d’euros, l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) représente une charge fiscale significative. L’un des avantages les plus directs et les plus puissants de l’investissement en nue-propriété de SCPI est sa neutralité totale vis-à-vis de l’IFI. La règle fiscale est sans ambiguïté : c’est l’usufruitier qui doit déclarer la valeur de la pleine propriété du bien dans son assiette taxable à l’IFI. Le nu-propriétaire, lui, n’a absolument rien à déclarer.

Cette disposition permet de « sortir » immédiatement la valeur de l’investissement de son patrimoine taxable, et ce, pendant toute la durée du démembrement. Pour un investisseur fortement fiscalisé à l’IFI, l’économie peut être très substantielle. Il ne s’agit pas d’une optimisation complexe, mais d’une application directe de la loi. L’achat en nue-propriété devient ainsi un levier majeur pour réduire, voire annuler, son IFI pendant ses dernières années d’activité professionnelle, période où son patrimoine et ses revenus sont généralement les plus élevés.

Bureau élégant avec calendrier et documents financiers suggérant la planification fiscale

Cependant, il est crucial d’anticiper l’avenir. Au moment du remembrement, lorsque vous récupérez la pleine propriété des parts, leur valeur réintègre votre patrimoine taxable à l’IFI. Votre stratégie doit donc prendre en compte cette future charge fiscale. Si l’opération a été bien pensée, cette réintégration intervient à un moment où vos revenus ont baissé (retraite) et où vous avez potentiellement commencé à consommer une partie de votre capital, ce qui peut maintenir votre patrimoine global sous le seuil de l’IFI. La planification fiscale temporelle est donc essentielle : réduire l’IFI aujourd’hui tout en anticipant son retour demain.

Le démembrement est un outil de pilotage de votre base taxable dans le temps. Vous choisissez délibérément de réduire votre patrimoine imposable pendant une période donnée, en parfaite connaissance de cause de sa réintégration future. Cette stratégie proactive vous donne le contrôle sur votre calendrier fiscal, vous permettant d’alléger la pression au moment le plus opportun. C’est une démarche d’optimisation active, bien plus efficace que de subir passivement l’impôt chaque année.

Rente SCPI ou loyers d’appartement : quelle solution offre les revenus les plus réguliers sans gestion ?

Une fois le remembrement effectué, l’objectif principal de l’investisseur est de percevoir des revenus complémentaires réguliers pour sa retraite. La question se pose alors : la rente issue des SCPI est-elle plus avantageuse que les loyers d’un appartement détenu en direct ? Sur le plan de la régularité et de l’absence de gestion, la SCPI offre des avantages structurels indéniables. Contrairement à un bien unique exposé à la vacance locative ou aux impayés, la SCPI repose sur le principe de la mutualisation.

Votre capital est investi dans des dizaines, voire des centaines d’immeubles (bureaux, commerces, entrepôts…) loués à de multiples locataires. Le risque est ainsi massivement dilué. Un locataire qui part ou qui ne paie pas n’a qu’un impact marginal sur le revenu global distribué par la SCPI. Cette diversification assure une régularité des revenus bien supérieure à celle d’un appartement unique, dont le rendement peut chuter à zéro du jour au lendemain. De plus, toute la gestion locative (recherche de locataires, quittances, recouvrement…) est entièrement déléguée à la société de gestion. Pour un retraité, c’est la garantie d’une tranquillité d’esprit absolue.

Les SCPI diversifiées, qui investissent sur plusieurs secteurs d’activité, affichent des performances solides et régulières. Par exemple, une analyse des performances récentes montre que les SCPI diversifiées ont pu servir un rendement moyen attractif, avec un rendement moyen de 5,8% pour les plus performantes. Le tableau comparatif ci-dessous, basé sur les données du marché, résume les différences clés entre les deux approches une fois la pleine propriété récupérée.

Comparaison des revenus : SCPI vs. Immobilier direct (post-remembrement)
Critère SCPI post-remembrement Appartement en direct
Taux d’Occupation Financier 93% en moyenne Variable (0-100%)
Gestion locative Aucune (déléguée) Chronophage
Mutualisation risques Oui (multi-actifs) Non (mono-actif)
Liquidité Marché secondaire organisé Vente longue
Fiscalité revenus Micro-foncier possible Réel ou micro

En somme, si l’immobilier direct peut parfois offrir un rendement brut facialement plus élevé, la performance nette après gestion, charges, et prise en compte du risque de vacance, est souvent plus stable et sécurisée avec la SCPI. Pour un retraité cherchant des revenus prévisibles sans le moindre souci, la solution SCPI est structurellement supérieure.

Rente à vie ou retraits libres : quel système protège le mieux contre le risque de vivre très vieux ?

Le risque de longévité, ou « risque de vivre très vieux », est une préoccupation majeure pour les retraités. Il s’agit du risque d’épuiser son capital de son vivant. Face à cela, deux grandes stratégies s’opposent : la rente viagère, qui garantit un revenu à vie mais aliène le capital, et les retraits libres sur un capital conservé, comme les parts de SCPI. Pour se protéger efficacement, il faut analyser non seulement la sécurité du revenu, mais aussi sa résilience face à l’inflation et la transmissibilité du capital.

La rente viagère, souvent issue d’un contrat d’assurance, offre une sécurité absolue : vous recevrez un montant fixe jusqu’à votre décès. Cependant, ce montant est rarement revalorisé de manière significative. Face à l’inflation, le pouvoir d’achat de cette rente s’érode inexorablement au fil des décennies. De plus, le capital est définitivement aliéné : au décès, il ne reste rien à transmettre à ses héritiers. C’est une solution sécurisante à court terme, mais potentiellement appauvrissante à long terme.

La stratégie des retraits libres sur un portefeuille de SCPI est fondamentalement différente. Vous restez propriétaire de votre capital (les parts). Les revenus que vous percevez (les dividendes) sont intrinsèquement liés à l’économie réelle : les loyers sont généralement indexés sur l’inflation, ce qui protège votre pouvoir d’achat sur la durée. Vous pouvez également compléter ces revenus en vendant une petite partie de vos parts chaque année, via une stratégie de retraits partiels programmés. Cette approche offre une grande flexibilité et, surtout, le capital restant est entièrement transmissible à vos héritiers.

Simulation comparative sur 30 ans : L’impact de l’inflation

Une simulation sur le long terme est éclairante. Avec une inflation moyenne de 2% par an sur une période de 30 ans, une rente viagère fixe voit son pouvoir d’achat chuter de près de 45%. À l’inverse, les revenus issus de SCPI, grâce à l’indexation des loyers, ont tendance à maintenir leur valeur réelle. De plus, à l’issue des 30 ans, le capital SCPI, potentiellement revalorisé, est toujours intact et disponible pour la transmission, alors que le capital de la rente viagère a disparu.

Pour mettre en place une stratégie de retraits prudente, il est conseillé de suivre quelques règles simples :

  • Définir un taux de retrait annuel soutenable, généralement entre 3% et 4% de la valeur totale du capital.
  • Programmer les cessions de parts de manière régulière pour lisser les points d’entrée sur le marché.
  • Conserver un cœur de portefeuille important (ex: 70% du capital initial) pour continuer à générer des revenus solides.
  • Prévoir une réserve de liquidités équivalente à 1 ou 2 ans de dépenses pour éviter de devoir vendre en cas de baisse temporaire du marché.

À retenir

  • Le démembrement de SCPI est une stratégie d’arbitrage temporel : vous échangez des revenus immédiats contre une acquisition à forte décote et une capitalisation sans fiscalité.
  • La récupération de la pleine propriété est automatique, sans frais ni impôts, à l’échéance du contrat (temporaire) ou au décès (viager).
  • Contrairement à l’immobilier direct, la structure de la SCPI vous protège des contraintes de gestion et du financement des gros travaux.

Quand la faible liquidité des parts de SCI permet-elle de réduire leur valeur fiscale de 10 à 15% ?

Dans l’univers de l’investissement immobilier non coté, la notion de « décote » est souvent évoquée. Il est crucial de ne pas confondre la décote subie pour illiquidité, typique des Sociétés Civiles Immobilières (SCI) familiales, et la décote choisie du démembrement de SCPI. Les deux mécanismes réduisent la valeur fiscale d’un bien, mais ils ne répondent ni à la même logique, ni aux mêmes objectifs.

La décote pour illiquidité d’une SCI familiale est une tolérance de l’administration fiscale. Parce qu’il est très difficile de vendre des parts d’une SCI (nécessité de trouver un acheteur, d’obtenir l’agrément des autres associés…), il est admis d’appliquer une décote de 10% à 15% sur leur valeur lors d’une déclaration de succession ou de donation. C’est une décote « subie », qui compense une contrainte réelle. Elle n’offre aucun avantage en termes de revenus futurs et reflète une faiblesse structurelle : le manque de liquidité.

La décote du démembrement en SCPI est, à l’inverse, un mécanisme financier choisi et actif. Sa valeur n’est pas une estimation, mais le calcul précis des revenus futurs non perçus. Elle peut atteindre 30% à 40%, soit bien plus que la décote pour illiquidité. Surtout, elle est la contrepartie d’un avantage futur : la récupération de la pleine propriété et des revenus associés. Elle ne compense pas une faiblesse, mais matérialise une stratégie de rendement différé. De plus, la liquidité des parts de SCPI, bien que non garantie, est organisée via un marché secondaire bien plus structuré que celui des SCI.

Une analyse comparative des deux mécanismes met en lumière ces différences fondamentales, comme résumé dans le tableau suivant.

Comparaison des décotes : SCI (illiquidité) vs. SCPI (démembrement)
Type de décote SCI familiale SCPI démembrée
Taux de décote 10-15% 30-40%
Nature Tolérance fiscale subie Mécanisme financier choisi
Avantage revenu Aucun Rendement futur
Liquidité Très faible Marché secondaire organisé
Transparence prix Opaque Structurée

En conclusion, si la décote d’une SCI est un lot de consolation pour un actif peu liquide, la décote d’une SCPI démembrée est le moteur d’une stratégie d’enrichissement planifiée. Pour un investisseur cherchant à construire activement son patrimoine, la seconde approche est sans commune mesure plus puissante et transparente.

Questions fréquentes sur l’investissement en SCPI démembrée

Les parts en nue-propriété sortent-elles immédiatement de l’IFI ?

Oui, l’épargne immobilière conservée en nue-propriété est totalement exonérée d’impôt sur la fortune immobilière (IFI) dès son acquisition. C’est l’un des avantages fiscaux majeurs de ce type d’investissement pour les patrimoines concernés.

Qui paie l’IFI pendant le démembrement ?

Pendant toute la durée du démembrement, c’est l’usufruitier qui est redevable de l’IFI. Il doit déclarer la valeur du bien en pleine propriété, comme s’il le détenait entièrement, même s’il ne possède que le droit d’en percevoir les revenus.

Que se passe-t-il au remembrement pour l’IFI ?

Au moment du remembrement, le nu-propriétaire devient plein propriétaire. La valeur totale des parts réintègre alors son patrimoine taxable à l’IFI. Il est donc essentiel d’anticiper cette nouvelle charge fiscale qui apparaîtra à l’échéance du démembrement.

Rédigé par Sophie Vallet, Conseillère en Gestion de Patrimoine (CGP) certifiée et juriste de formation spécialisée en droit de la famille, Sophie accompagne depuis 15 ans les séniors dans la transmission de patrimoine et l'optimisation fiscale. Elle est experte en successions, régimes matrimoniaux et stratégies d'investissement type PER et Assurance-vie.